Texte
de la décision (en anglais)
Cette ordonnance est digne d'intérêt dans la mesure où, à
l'occasion de cette affaire, la "Southern District Court of
California" tente d'adapter le droit américain de la
propriété intellectuelle (ou Copyright) aux nouvelles
technologies de l'information.
En l'espèce et à travers le rejet des motions (1)
déposées à la fois par les défendeurs et les plaignants, ce
tribunal californien précise les conditions d'engagement de la
responsabilité des principaux acteurs du réseau Internet.
Dans les faits, un ancien adepte de l'Eglise de Scientologie
avait mis en ligne quelques extraits des écrits du fondateur de
cette organisation, par le biais d'un groupe de discussion
consacré à la Scientologie. Le "Religious Technology
Center" et son éditeur, titulaires des droits sur les
travaux de L. Ron Hubbard, ont alors intenté une action en
justice pour violation de leurs droits, contre cet ancien adepte,
contre le service de connexion auquel il était abonné et le
responsable de ce service, et contre le fournisseur d'accès de
ce prestataire de service.
Dans le cadre de cette action, la Cour a retenu la
"contrefaçon directe" à l'encontre de l'internaute .
Elle a, dans le même temps, examiné l'éventuelle
responsabilité du prestataire de services et de son fournisseur
d'accès.
Sur ce dernier point , la Cour énonce que la "complicité
de contrefaçon" est la seule responsabilité qui peut leur
être imputée. Les conditions générales de la complicité
sont : - la connaissance de l'infraction, et - une participation
substantielle à celle-ci. Or le Religious Technology Center
avait contacté le prestataire de services et le fournisseur
d'accès pour les avertir qu'un acte de contrefaçon se
commettait par le biais de leurs systèmes, et pour leur demander
de le faire cesser. De ce fait, la condition de connaissance de
l'infraction était remplie et les défendeurs ne pouvaient plus
invoquer "l'usage loyal" des documents, ou "fair
use" (2), pour s'affranchir de cette
contrefaçon.
A contrario, la Cour précise qu'ils ne peuvent être reconnus responsables d'une
"contrefaçon directe", dans la mesure où ils n'ont pas personnellement
reproduit ni diffusé les documents contrefaisants.
Pour finir, la Cour rejette l'eventuelle "responsabilité
indirecte" de Netcom et du prestataire de services pour les
actes du contrefacteur principal. Ce type de responsabilité peut
être engagée lorsque le défendeur a le droit et la capacité
de contrôler les actes du contrefacteur et lorsqu'il tire un
profit pécuniaire direct de cette contrefaçon, et ce, même
s'il n'a pas eu connaissance de l'infraction. Or en l'espèce,
ces éléments n'ont pas été établis.
Bien que la complicité des défendeurs soit invoquable, la Cour
rejette la demande d' "injonction
préliminaire"déposée par les plaignants. Cette injonction
tendait à obliger Netcom et le prestataire de services à
empêcher l'auteur principal de l'infraction de porter préjudice
aux droits des plaignants. Le rejet est motivé par le fait que
ces derniers n'ont pas réussi à démontrer le caractère
substantiel de la participation des deux défendeurs à la
contrefaçon, et par le fait qu'une telle injonction ne suffirait
pas à éviter la violation de leur droit de propriété
intellectuelle. De plus, la Cour précise qu'une cette mesure
préliminaire porterait atteinte à la liberté d'expression
garantie par le premier amendement de la Constitution
américaine.
Alors que la mise en cause d'un prestataire de services en ligne
pour une contrefaçon commise par l'un de ses abonnés est
désormais classique, cette ordonnance ouvre la voie à
l'implication du fournisseur d'accès pour la même infraction.
Comme dans le cas du prestataire de services, sa connaissance de
la contrefaçon et sa participation substantielle à celle-ci
doivent être démontrées.
Le 5 août 1996, un accord, qui n'a pas été publié a été trouvé entre Netcom et l'Eglise de Scientologie. Suite à cet accord, Netcom a édité une page web spécifique. Celle-ci comprend une charte pour le respect des droits de propriété intellectuelle sur le réseau Internet, ainsi qu'une procédure permettant aux titulaires de droits de signaler à Netcom toute violation commise par le biais de ses serveurs. Cette procédure permet notamment à Netcom de refuser temporairement l'accès aux éléments revendiqués, le temps pour cette dernière de vérifier la légitimité de la plainte. Cet accès peut être définitivement interdit si la plainte est fondée.
(1) Dans le système juridique des
Etats-Unis, une motion est un document adressé au tribunal pour
lui demander de régler un point de droit. La décision
afférente à cette motion prend habituellement la forme d'une
ordonnance.
(2) Le "fair use" est un concept prévu
par la loi américaine sur le copyright. Il permet, si l'on reste dans ses limites,
d'utiliser une création sans pour autant enfreindre le droit de la propriété
intellectuelle.
Texte
de la décision (en anglais)
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