Texte de la décision
(en anglais)
Cette ordonnance constitue le prolongement de l'affaire "Religious Technology
Center / Netcom", dans la mesure où elle pose à nouveau le problème
des responsabilités en matière de contrefaçon par le biais du réseau Internet.
Les positions prises par la "Northern District Court of California"
le 21 novembre 1995, à l'égard de la responsabilité d'un fournisseur d'accès,
sont confirmées par cette nouvelle affaire visant cette fois un fournisseur
d'hébergement. En l'espèce, une partie des argumentations de la Cour et des
parties s'appuie d'ailleurs expressément sur les motifs de la décision de 1995.
Dans les faits, la "National Association of Fire Equipment Distributors" (NAFED) avait mis en ligne, sur son site web, des fichiers téléchargeables relatifs à la lutte contre l'incendie. L'administrateur du site avait procédé à la reproduction et à la diffusion de ces créations après avoir les avoir obtenu d'une source inconnue. Il s'est avéré que les droits de propriété intellectuelle portant sur ces fichiers appartenaient à la société "Marobie-FL, Inc.". Lorsque cette dernière a découvert l'infraction, elle a intenté une action en justice pour violation de droit d'auteur et concurrence déloyale contre la NAFED et contre la société "Northwest Nexus, Inc.". Northwest, qui héberge le site web de la NAFED, a pour sa part intenté une action croisée contre cette dernière, visant à obtenir le remboursement des indemnités et des dépens qui seraient liés à une décision rendue en faveur du plaignant.
A travers le rejet où l'acceptation des motions (1) déposées par chacune des parties, la Cour
précise quels types de responsabilité sont applicables aux deux
défendeurs dans le cadre de cette contrefaçon.
Quant au contrefacteur principal, la NAFED, la Cour l'a reconnu
responsable de "contrefaçon directe" du fait de sa
violation des droits de reproduction et de représentation
appartenant au plaignant. Elle a, pour ce faire, rejeté les
arguments de "bonne foi" (2), d'
"estoppel" (3), et d' "usage
loyal" (4) de la création, avancés par
ce défendeur.
Quant au fournisseur d'hébergement Northwest, la Cour
reconnaît tout d'abord qu'il fournit un service plus large que
celui offert par le fournisseur d'accès dans l'affaire
"Religious Technology Center / Netcom", dans la mesure
où il garde en mémoire dans son disque dur le site web de ses
clients. Elle rejette toutefois sa responsabilité pour
"contrefaçon directe" au motif qu'il n'a pas
personnellement reproduit, ni diffusé les fichiers
contrefaisants.
De plus, la Cour précise que Northwest pourrait-être reconnu
coupable de "complicité de contrefaçon" (5), s' il était conscient de cette infraction
et s'il avait les moyens de contrôler le contenu du site de la
NAFED.
Elle reconnaît d'autre part que si ces deux conditions étaient
démontrées, l'hébergeur serait responsable de complicité
"préméditée" (6).
Enfin, la Cour ne retient pas l'éventuelle "concurrence déloyale" des défendeurs, dans la mesure où les actions du plaignant pour contrefaçon et pour concurrence déloyale sont basée sur le même comportement, à savoir la reproduction et la distribution illicite de ses créations.
Cette affaire est moins révolutionnaire que celle qui a impliqué Netcom en 1995, puisqu'elle ne soulève que la question aujourd'hui classique de la responsabilité d'un fournisseur d'hébergement. Elle a toutefois le mérite de confirmer la mise en cause des grands acteurs du réseau Internet, en matière de contrefaçon commise par le biais de leurs systèmes.
(1) Voir "Religious
Technology Center / Netcom".
(2) En droit nord-américain, la bonne foi ne peut être
invoquée que dans la mesure où l'exemplaire de la création, ayant servi de base
à la contrefaçon, est une reproduction légitime qui ne comporte pas la mention
"copyright". en l'espèce l'exemplaire qui a permis la contrefaçon
était lui même une reproduction illicite.
(3) L'estoppel est une objection qui
s'oppose à ce qu'une partie à un procès contredise une
position qu'il a prise antérieurement et dans laquelle les tiers
avaient placé leur confiance. En l'espèce, la position du
plaignant était représentée par l'absence de la mention
"copyright" sur ses travaux.
Dans le système juridique des Etats-Unis, l'estoppel n'est
invoquable que si le titulaire des droits de propriété
intellectuelle a connaissance de la contrefaçon et si son
comportement pousse le contrefacteur à penser, à tort, qu'il
est dans son droit.
(4) voir "Religious
Technology Center / Netcom".
(5) voir "Religious
Technology Center / Netcom".
(6) Il y a préméditation lorsque le
contrefacteur sait que son comportement constitue une infraction,
ou lorsqu'il agit dans une indifférence imprudente à l'égard
de la propriété intellectuelle du titulaire de droits.
Texte de la décision
(en anglais)
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