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Les avocats du net

 
 


 

Jurisprudence : Responsabilité

vendredi 05 décembre 2014
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Tribunal de grande instance de Paris, 3ème chambre, 1ère section, jugement du 4 décembre 2014

SCPP / Orange, Free, SFR et Bouygues Télécom

contenus illicites - contrefaçon - droit d'auteur - filtrage - fournisseur d'accès - musique - redirection - sites miroirs

FAITS ET PROCÉDURE

les parties

La Société Civile des Producteurs Phonographiques dite SCPP est une
société de perception et de répartition des droits régie par le Titre II du
Livre III du code de la propriété intellectuelle qui regroupe près de 2
000 producteurs de phonogrammes et gère un répertoire de plus de 3
millions de phonogrammes représentant plus de 80 % des droits
reconnus aux producteurs de phonogrammes.
En vertu de l’article L 321-1 du code de la propriété intellectuelle, la
SCPP a qualité pour ester en justice pour la défense des droits dont elle
a statutairement la charge.
La SCPP a notamment pour objet la défense de l’intérêt collectif de la
profession exercée par ses membres au nom duquel elle est en droit de
faire sanctionner l’utilisation non autorisée de phonogrammes.

La société ORANGE, anciennement FRANCE TÉLÉCOM a été créée
en 1988 et intervient dans différents grands secteurs d’activités, à savoir
la téléphonie, les services de communication résidentiels comprenant
notamment l’internet et la télévision, les services de communication
d’entreprises et enfin les services aux opérateurs télécoms
internationaux. Elle est aussi la société mère de nombreuses filiales
tournées vers les télécommunications. La société ORANGE finance
directement ou à travers ses filiales de nombreuses actions et créations,
que ce soit dans le domaine du cinéma ou encore de la musique. Elle
propose aussi à ses clients la gamme la plus large possible de contenus,
disponibles sur tous les écrans, en nouant des partenariats de plus en
plus nombreux avec les 3 principaux producteurs et éditeurs de contenus
en matière de télévision, musique ou vidéo, ainsi qu’avec les sociétés
de gestion collective de droits d’auteur et de droits voisins.

Les sociétés SFR, BOUYGUES TÉLÉCOM et FREE sont des
opérateurs de communication électronique qui commercialisent
notamment des offres de téléphonie fixe et mobile et d’accès à internet
sur le territoire français métropolitain.

le litige

Le site THE PIRATE BAY qui est actuellement exploité sous le nom
de domaine « thepiratebay.se », met à la disposition du public par le
biais de liens des phonogrammes du répertoire de la SCPP qui peuvent
être téléchargés.

La SCPP a fait constater par ses agents assermentés conformément aux
dispositions de l’article L 3 31-2 du code de la propriété intellectuelle
la possibilité de téléchargement; ceux-ci ont dressé des procès-verbaux
de constat les 15 et 16 octobre 2013, 16 et 17 octobre 2013,21 octobre
2013, 28 au 30 octobre 2013, 19 novembre 2013, 22 novembre 2013,
25 novembre 2013,4 décembre 2013, 14 janvier 2014, 15 janvier 2014
et 16 janvier 2014 . Ont été effectués sur le site THE PIRATE BAY
exploité sous les noms de domaine « thepiratebay.sx » puis
«thepiratebay.se »des téléchargements de très nombreux enregistrements
phonographiques anciens et récents d’artistes français et étrangers
notoirement connus appartenant au répertoire de la SCPP.
Il a été constaté qu’il est possible d’accéder au site THE PIRATE BAY
exploité sous les noms de domaine « thepiratebay.sx » puis «
thepiratebay.pe » puis « thepiratebay.se » et de télécharger des
phonogrammes appartenant au répertoire de la SCPP au moyen de sites
de redirection qui renvoient automatiquement l’internaute vers le site
d’origine, de sites miroirs qui constituent des copies du site d’origine
et de « proxies » qui sont des serveurs intermédiaires rapatriant les
contenus téléchargés depuis le site d’origine.

Les 18 et 30 octobre 2013, des agents assermentés de la SCPP ont
demandé au site THE PIRATE BAY alors exploité sous le nom de
domaine « thepiratebay.sx » de supprimer des liens permettant de
télécharger différents phonogrammes appartenant au répertoire de la
SCPP.

Ces demandes ont été ignorées ainsi qu’ils ont pu le constater les 4 et
7 novembre 2013.

C’est dans ces conditions que, par assignation en la forme des référés
signifiée à SFR le 19 février 2014, la SCPP sollicitait du tribunal de
grande instance de Paris, sur le fondement de l’article L.336-2 du code
de la propriété intellectuelle, qu’il fasse injonction à la société SFR, la
société ORANGE, la société BOUYGUES et la société FREE en leur
qualité de fournisseurs d’accès à internet (FAI), de « mettre en oeuvre
toutes les mesures propres à empêcher l’accès au site THE PIRATE
BAY à partir du territoire français par leurs abonnés »
par le blocage
de 152 sites internet.

les dernières prétentions

Dans ses dernières e-conclusions du 9 octobre 2014, la SCPP demande
au tribunal de:

DIRE ET JUGER que le site THE PIRATE BAY actuellement exploité
sous le nom de domaine « thepiratebay.se » et les sites de redirection,
les sites miroirs et les proxies permettant d’y accéder portent atteinte
aux droits des producteurs de phonogrammes membres de la SCPP.
ORDONNER aux sociétés ORANGE, FREE, SFR et BOUYGUES
TELÉCOM de mettre en oeuvre toutes mesures propres à empêcher
l’accès au site THE PIRATE BAY à partir du territoire français par
leurs abonnés notamment par le blocage des noms de domaine suivants:

site d’origine:

– thepiratebay.se

sites de redirection :

– piratebay.net
– piratebay.org
– piratebay.se
– piratebay.vg
– thehydrabay.net
– thehydrabay.org
– themusicbay.com
– themusicbay.net
– themusicbay.org
– thepiratebay.cc
– thepiratebay.com
– thepiratebay.net
– thepiratebay.org
– thepiratebay.qa
– thepiratebay.se
– thepiratebay.sh
– thepiratebay. tw
– thepiratebay. vg

sites miroirs :
– proxybay.eu
– proxybay.de
– thepiratebay.se.nyud.net

« proxies » :
– 51tsj.com
– bayproxy.me
– bayproxy.org
– bich.in
– dieroschtibay.org
– filehound.co.uk
– kuiken.co
– lanunbay.org
– malaysiabay.org
– piratebaybyproxy.com
– piratebayproxy.se
– piratebayunion.com
– pirateblay.com
– pirateby.info
– pirateproxy.net
– pirateproxy.nl
– pirateproxy.se
– piratereverse.info
– pirateshit.com
– pirateshore.org
– proxybay.fr
– proxybay.net
– quluxingba.info
– theproxybay.biz
– tpb.5gg.biz
– tpb.amaudcomu.com
– tpb.cryptocloud.ca
– tpb.derp.pw
– tpb.fattylewis.com
– tpb.genyaa.org
– tpb.kleisauke.nl
– tpb.madfedora.site40.net
– tpb.me
– tpb.ninja.so
– tpb.occupyuk.co.uk
– tpb.par-anoia.net
– tpb.partipirate.org
– tpb.piraten.lu
– tpb.pirates.ie
– tpb.pirati.cz
– tpb.qwertyoruiop.com
– tpb.roylenferink.nl
– tpb.skit.kiev.ua
– tpb.skit.org.ua
– tpb.unblocked.co
– tpbproxy.cremoznik.si
– tpbproxy.net
– tpbunion.com
– battleit.ee/tpb
– bayproxy.com

au plus tard dans les 30 jours de la signification de la décision à
intervenir et pendant une durée d’un an à compter de la mise en oeuvre
des mesures ordonnées.

DIRE que les fournisseurs d’accès à internet devront informer la SCPP
de la mise en oeuvre des mesures ordonnées.

DIRE qu’en cas d’évolution du litige, la SCPP pourra saisir le Tribunal
de Grande Instance de Paris statuant en la forme des référés aux fins
d’actualisation des mesures ordonnées.

DIRE que le coût de la mise en oeuvre des mesures ordonnées restera
à la charge des fournisseurs d’accès à internet.
DIRE que chaque partie conservera la charge de ses frais et dépens.

RAPPELER le caractère exécutoire par provision de la décision à
intervenir.

Au soutien de ses demandes la SCPP a fait valoir qu’il a été établi
grâce aux nombreux procès-verbaux de constat versés au débat que le
site THE PIRATE BAY porte atteinte aux droits des producteurs de
phonogrammes membres de la SCPP ; que ce site revendique son
caractère illicite ainsi qu’en témoignent sa dénomination et les
mentions qu’il comporte telles que « toute plainte émanant d’une
organisation de défense des droits d’auteur sera ridiculisée et publiée
sur le site »
ou, à propos de mises en demeure, « aucune action (hormis
ridiculiser les utilisateurs) n’a été prise de ce fait»
et « aucun lien n’a
été retiré et ne sera jamais retiré »
; que cette illécéïté a en outre été
reconnue par diverses juridictions étrangères ; enfin que les fondateurs
du site THE PIRATE BAY ont été condamnés pénalement pour
contrefaçon en Suède et l’accès au site THE PIRATE BAY a été bloqué
au Royaume- Uni, en Irlande, en Italie, en Belgique, au Danemark et en
Finlande notamment à la demande des producteurs de phonogrammes
pour atteinte à leurs droits.

Elle ajoute que l’illécéïté du site THE PIRATE BAY l’a d’ailleurs
conduit à changer d’adresse à de multiples reprises, est de notoriété
publique.

Dans ses écritures notifiées par RPVA le 29 septembre 2014, la
société ORANGE sollicite du tribunal de :

Vu l’article 16 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union
européenne,
Vu l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen,
Vu l’article 8.3 de la directive n° 2001/29/CE du 22 mai 2001 sur
l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits
voisins dans la société de l’information,
Vu l’article 3 de la directive n° 2004/48/CE du 29 avril 2004 relative
au respect des droits de propriété intellectuelle,
Vu l’article 15 de la directive n° 2000/31/CE du 8juin 2000 sur le
commerce électronique,
Vu l’article L. 336-2 du Code de la propriété intellectuelle,
Vu l’article 6./.7 de la loi n° 2004 – 575 du 21 juin 2004 pour la
confiance dans l’économique numérique,
Vu l’article 1er de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à
la liberté de communication.

DONNER ACTE que la société ORANGE ne s’oppose pas à la mesure
de blocage sollicitée par la SCPP en ce qu’elle réunit les conditions,
exigées par le droit positif, que sont : le caractère judiciaire préalable
et impératif de la mesure dans son principe, son étendue et ses
modalités, y compris pour son actualisation ; la liberté de choix de la
technique à utiliser pour réaliser le blocage ; la durée limitée de la
mesure ; le délai de mise en oeuvre qui doit être fixé à trente jours à
compter de la décision à intervenir.

DIRE ET JUGER que la société ORANGE ne peut être tenue au
paiement des coûts engagés et DIRE ET JUGER que le droit de la
propriété intellectuelle impose à la demanderesse à une injonction ou
à une réquisition judiciaire de prendre en charge lesdits coûts.
DIRE ET JUGER que la société ORANGE ne peut être enjointe de
mettre en oeuvre une mesure de blocage imprécise qui violerait le
principe de proportionnalité, la conciliation entre les droits et libertés
fondamentaux et l’absence d’obligation de surveillance à la charge des
fournisseurs d’accès à l’internet.

En conséquence,

DIRE ET JUGER que, dans un délai de trente jours à compter de la
décision à intervenir, la société ORANGE ne peut être enjointe que de
bloquer l’accès aux seuls noms de domaine énumérés limitativement
dans le dispositif des dernières conclusions de la demanderesse et que
l’intégralité des coûts de blocage exposés par la société ORANGE doit
être mise à la charge de la demanderesse.

DIRE que chaque partie conservera à sa charge ses frais et dépens.

Dans ses e-conclusions du 29 septembre 2014, la société SFR demande
au tribunal de :

APPRÉCIER si la SCPP a qualité à agir et si l’atteinte qu’elle invoque
est constituée, pour chacun des sites internet dont le blocage est sollicité
dans le dispositif de ses conclusions du 11 juillet 2014 ;

APPRÉCIER en application du principe de proportionnalité si, au
regard des circonstances particulières de l’espèce (illécéïté revendiquée
du site, condamnation pénale des exploitants pour contrefaçon en
Suède, difficultés à toucher les exploitants), une action à la source
(exploitants, hébergeurs, … ) aurait été manifestement vouée à l’échec;

APPRÉCIER s’il est proportionné et strictement nécessaire à la
protection des droits en cause, au regard notamment (i) des risques
d’atteinte au principe de la liberté d’expression et de communication
(risques d’atteintes à des contenus licites et au bon fonctionnement des
réseaux) (ii) de l’importance du dommage allégué, (iii) des risques
d’atteinte à la liberté d’entreprendre des FAI, et (iv) du principe
d’efficacité, d’ordonner aux FAI, dont SFR, la mise en oeuvre des
mesures de blocage sollicitées;

Si le tribunal considère qu’il est proportionné et strictement
nécessaire à la protection des droits en cause d’ordonner la mise en
oeuvre par les F AI, dont SFR, de mesures de blocage des sites
internet visés par la SCPP dans le dispositif de ses conclusions du
11 juillet 2014 :

ENJOINDRE SFR de mettre en oeuvre, dans un délai de trente jours
à compter de la signification de la décision à intervenir, des mesures
propres à prévenir l’accès des abonnés de SFR (et des abonnés de
sociétés qui utilisent le réseau de SFR pour fournir des services d’accès
à internet), situés sur le territoire français, aux sites internet visés par la
SCPP dans le dispositif de ses conclusions du 11 juillet 2014 ;

DIRE ET JUGER que les mesures de blocage mises en oeuvre par les
FAI, dont SFR, seront limitées à une durée de douze (12) mois, à l’issue
de laquelle la SCPP devra saisir le Tribunal, afin de lui permettre
d’apprécier la situation et de décider s’il convient ou non de reconduire
lesdites mesures de blocage ;

DIRE ET JUGER que la SCPP devra rembourser aux FAI, dont SFR,
les coûts afférents auxdites mesures de blocage qui seront ordonnées,
y compris en termes de maintenance, de supervision et de gestion
d’éventuelles difficultés, sur présentation des factures correspondant
auxdits coûts ;

DIRE ET JUGER que les parties pourront saisir le tribunal en cas de
difficultés ou d’évolution du litige.

CONDAMNER la SCPP aux dépens de la présente instance.

Dans ses dernières écritures notifiées ,par voie électronique le 14
octobre 2014, la société BOUYGUES TELECOM sollicite du tribunal
de:

APPRÉCIER si la SCPP a qualité à agir,

APPRÉCIER l’atteinte aux droits d’auteur et aux droits voisins
invoquée par la SCPP,

APPRÉCIER si les demandes de la SCPP respectent le principe de
proportionnalité,

En tout état de cause, dans l’hypothèse où la demande de blocage
serait jugée fondée,

ENJOINDRE à la société BOUYGUES TELECOM de mettre en
oeuvre les mesures propres à prévenir l’accès de ses abonnés, situés sur
le territoire français, aux sites internet dans un délai de 30 jours à
compter de la signification de la décision à intervenir, et pour une durée
de 12 mois,

DIRE ET JUGER, que la SCPP devra rembourser à la société
BOUYGUES TELECOM, sur présentation de factures, les coûts
afférents auxdits mesures de blocage, y compris en termes de
maintenance et de supervision,

CONDAMNER la SCPP au paiement des entiers dépens de l’instance.

Les sociétés ORANGE, SFR et BOUYGUES TÉLÉCOM ne contestent
pas le caractère illicite du site piratebay mais demandent au tribunal de
faire application du principe de proportionnalité, de limiter les mesures
de blocage dans le temps, de fixer le nombre de sites à bloquer, de
laisser les F AI libres du choix des mesures techniques de blocage, de
leur laisser un délai suffisant pour les effectuer et de laisser le coût du
blocage à la charge de la SCPP.

Dans ses re-conclusions du 13 octobre 2014, la société FREE demande
au tribunal de :

À titre principal :

DE JUGER qu’en l’état, les demandes de la SOCIÉTÉ CIVILE
DES PRODUCTEURS PHONOGRAPHIQUES SCPP ne respectent
pas le principe de proportionnalité ;

LES REJETER ;

À titre subsidiaire :

DE JUGER que toutes éventuelles mesures de blocage (et leur
adaptation) ne pourraient être prises que sous le contrôle strict de
l’autorité judiciaire, exclusivement ;

DE REJETER la demande de la SOCIÉTÉ CIVILE DES
PRODUCTEURS PHONOGRAPHIQUES SCCP, en ce que celle-ci
viserait une mesure qui aurait des conséquences générales, par l’emploi
du terme « notamment » dans l’acte introductif d’instance, et réitéré dans
ses dernières conclusions ;

DE JUGER que d’éventuelles mesures de blocage ne pourraient être
mises en oeuvre que dans un délai de trente jours après signification, et
selon les modalités que la société FREE estimera les plus adaptées à
l’objectif à remplir en fonction, notamment, des contingences de son
réseau;

DE JUGER que d’éventuelles mesures ne pourraient être prises que
pour une durée déterminée de six mois, à charge pour le demandeur
de justifier, avant son expiration, de la nécessité de leur
maintien/adaptation/reconduction ou de leur modification pour une
nouvelle durée qui serait fixé~ par l’autorité judiciaire ;

DE JUGER que la SOCIETE CIVILE DES PRODUCTEURS
PHONOGRAPHIQUES SCCP (« SCPP ») supportera seule la
responsabilité d’avertir officiellement la société FREE dans
l’hypothèse où des sites dont elle aurait obtenu le blocage s’avéraient
finalement inactifs ;

DE JUGER que la SOCIÉTÉ CIVILE DES PRODUCTEURS
PHONOGRAPHIQUES SCCP (« SCPP ») devra supporter l’intégralité
des coûts des mesures qu’elle demande ou qui en découleront (maintien,
maintenance, … ), et ce, dès présentation des factures correspondantes;
DE JUGER qu’il pourra vous en être référé, en cas de difficulté ;

DE REJETER tous autres demandes et moyens, et notamment toutes
demandes contraires ;

DE LAISSER la charge des dépens au demandeur.

La société FREE conteste que le principe de proportionnalité rappelé
par la CJUE dans ses différents arrêts soit respecté du fait de l’absence
de la société NUMERICABLE dans la cause et conteste que ces
mesures puissent être ordonnées en raison de leur inefficacité.

MOTIFS

A titre liminaire, le tribunal relève que la qualité à agir de la SCPP qui
a pouvoir pour ester en justice pour défendre les intérêts professionnels
en cause n’est pas contestée.

En conséquence, la SCPP est recevable en ses demandes.

sur l’atteinte à un droit d’auteur occasionné par le contenu d’un
service de communication en ligne.

La SCPP fait valoir qu’elle démontre suffisamment par la production
des procès-verbaux de constat effectués par ses agents assermentés la
matérialité des atteintes aux droits d’auteur commises sur le site THE
PIRATE BAY exploité sous les noms de domaine « thepiratebay.sx»
puis « thepiratebay.se » constitués des téléchargements de très
nombreux enregistrements phonographiques anciens et récents d’artistes
français et étrangers notoirement connus appartenant au répertoire de la
SCPP ; que ces procès-verbaux ont encore constaté qu’il est possible
d’accéder au site THE PIRATE BAY exploité sous les noms de
domaine « thepiratebay.sx » puis « thepiratebay.pe » puis
«thepiratebay.se » et de télécharger des phonogrammes appartenant au
répertoire de la SCPP au moyen de sites de redirection qui renvoient
automatiquement l’internaute vers le site d’origine, de sites miroirs qui
constituent des copies du site d’origine et de « proxies »qui sont des
serveurs intermédiaires rapatriant les contenus téléchargés depuis le site
d’origine.

Elle prétend que les sites litigieux ont une activité illicite établie par les
procès-verbaux, régulièrement mis au débat en ce qu’ils proposent une
représentation des oeuvres sans avoir obtenu l’autorisation des auteurs
et une reproduction des mêmes oeuvres ce qui constituent des actes de
contrefaçon au regard des dispositions des articles L.336-2 du code de
la propriété intellectuelle.

Elle rappelle que ces sites qui seuls ont la qualité d’éditeur, ont été
identifiés ainsi que, les serveurs qui les abritent mais qu’il est par trop
inefficace de demander des mesures de blocage les concernant.

Les défendeurs répondent qu’il appartient au tribunal d’apprécier le
caractère illicite du site thepiratebay, de prononcer éventuellement des
mesures d’interdiction en respectant le principe de proportionnalité, en
limitant les mesures au site déjà connus en supprimant l’adverbe
« notamment » de la demande de la SCPP, de laisser le choix des mesures
aux F AI et le coût de leur mise en oeuvre à la SCPP.

La société FREE conteste seule les mesures demandées en indiquant
qu’elles ne respectent pas le principe de proportionnalité faute d’avoir
attrait dans la cause tous les FAI et notamment la société
NUMERICABLE, et qu’elles sont inefficaces car elles peuvent être
contournées aisément.

Sur ce,

Selon l’article L.336-2 du code de la propriété intellectuelle, en
présence d’une atteinte à un droit d’auteur ou à un droit voisin
occasionnée par le contenu d’un service de communication au public en
ligne, le tribunal de grande instance, statuant le cas échéant en la
forme des référés, peut ordonner à la demande des titulaires de droits
sur les oeuvres et objets protégés, de leurs ayants droit, des sociétés de
perception et de répartition des droits visées à l’article L. 3 21-1 ou des
organismes de défense professionnelle visés à l’article L. 31-1, toutes
mesures propres à prévenir ou à faire cesser une telle atteinte à un
droit d’auteur ou un droit voisin, à l’encontre de toute personne
susceptible de contribuer à y remédier.

L’article L.122-1 du code de la propriété intellectuelle dispose que le
droit d’exploitation appartenant à l’auteur comprend le droit de
représentation et le droit de reproduction et l’article L.122-2 du même
code, que la représentation consiste dans la communication de l’oeuvre
au public par un procédé quelconque et notamment :

2° télédiffusion
la télédiffusion s’entend de la diffusion par tout procédé de
télécommunication de sons, d’images, de documents, de données et de
messages de toute nature.

Est assimilée à une représentation l’émission d’une oeuvre vers un
satellite.

Selon l’article L.122-3, la reproduction consiste en la .fixation
matérielle de l’oeuvre par tous procédés qui permettent de la
communiquer au public d’une manière indirecte.

Enfin, l’article L.122-4 précise que toute reproduction ou reproduction
intégrale ou partielle.faite sans le consentement de l’auteur ou de ses
ayants droit ou ayants cause est illicite.

Le litige porte bien sur le fait que les sites du réseau thepiratebay ont
une activité illicite en ce qu’ils proposent un contenu exclusivement ou
quasi exclusivement dédié à une activité qui consiste à représenter et/ou
reproduire des phonogrammes sous la forme de téléchargements, sans
l’autorisation des auteurs et ce, en contravention avec les articles L.122-
1 et suivants cités plus haut.

En effet, ni le téléchargement ni le streaming ne sont en soi une activité
illicite et ils sont tout à fait légaux quand ils interviennent dans le cadre
d’une cession légale des droits des auteurs et d’un droit d’exploitation
donné par les producteurs.

Les nombreux procès-verbaux réalisés par les agents assermentés de la
SCPP ont permis de mettre en évidence que des phonogrammes étaient
proposés en téléchargement « download » ou en streaming « playnow » sur
le réseau thepiratebay, qu’ils pouvaient être téléchargés par l’internaute
sans aucune difficulté et sans avoir besoin d’un intermédiaire ou d’un
appareil supplémentaire.

Il ressort des l’analyse des procès-verbaux de constat réalisés par les
agents assermentés de la SCPP les 15 et 16 octobre 2013, 16 et 17
octobre 2013, 21 octobre 2013, 28 au 30 octobre 2013, 19 novembre
2013, 22 novembre 2013, 25 novembre 2013, 4 décembre 2013, 14
janvier 2014, 15 janvier 2014 et 16 janvier 2014 et régulièrement mis
au débat, l’internaute peut accéder à partir de sa connexion internet
souscrite auprès de son F AI au site thepiratebay qui lui propose sans
autre formalité de télécharger ou d’écouter des phonogrammes du
commerce ; que le site mentionne clairement sur sa page d’accueil
« recherche pirate » ; que la SCPP verse au débat les extraits de son
catalogue établissant les droits qu’elle détient sur les oeuvres des
artistes ainsi téléchargées (à titre d’exemples Stromae, Maitre Gims,
Beyoncé, Daft Punk, Katy Perry, Pure Héroïne) ; que le téléchargement
proposé est revendiqué comme provenant de fichiers mis à disposition
de façon illégale par d’autres internautes dénommés par exemple
« unorthodoxjukebox » ou » anonymous downloads ».

Ils établissent également, par la mise à disposition des whois, la
structure du réseau thepiratebay ; par exemple les procès-verbaux des
17 et 18 octobre 2013 montrent que les téléchargements peuvent être
effectués à partir du site thepiratebay.sx, mais aussi des sites
thepiratebay.se, .org, . Sc, .am, .gl, .mu, .net, .corn tous hébergés par les
mêmes personnes dans différents serveurs et ayant un lien entre eux et
qui renvoient également aux sites themusicbay.com, .net, .org.

Ils identifient quelques personnes physiques ayant laissé leur nom ou
une partie de leur nom lors de l’enregistrement des sites.

Ces procès-verbaux de constat signifiés le 30 novembre 2013 par
internet au site Thepiratebay lui-même et les procès-verbaux dressés
ensuite établissent suffisamment le caractère illicite du site thepiratebay
et de ces sites miroirs ou proxy.

Ainsi en procurant aux internautes la possibilité de télécharger ou
d’accéder en streaming les oeuvres à partir de liens hypertextes
présentés sur les sites litigieux, et ce même si les contenus sont stockés
auprès de serveurs tiers ou sur des plate-formes tierces, ces opérateurs
ont permis aux internautes de procéder au téléchargement des oeuvres
litigieuses en fournissant la mise à disposition des contenus c’est-à-dire
ont donné aux internautes les moyens de reproduire des oeuvres, dont
ils ne détenaient pas les droits.

Il est d’ailleurs admis par les sociétés défenderesses que ce réseau ne
demandait pas l’autorisation des titulaires des droits pour mettre à
disposition les oeuvres et même revendiquait le caractère de partage des
sites, c’est-à-dire l’offre de téléchargement des phonogrammes sans en
avoir obtenu les droits de sorte que l’absence d’autorisation donnée par
les ayants droit peut être retenue.

L’absence de droits d’exploitation sur les oeuvres est connue de tous
car le réseau thepiratebay revendique son illécéïté tant au niveau de sa
dénomination que des mentions qu’il comporte telles que« toute plainte
émanant d’une organisation de défense des droits d’auteur sera
ridiculisée et publiée sur le site »
ou, à propos de mises en demeure, «
aucune action (hormis ridiculiser les utilisateurs) n’a été prise de ce
fait» et« aucun lien n’a été retiré et ne sera jamais retiré»
(pièce 3 de
la SCPP)

Cette illécéïté a en outre été reconnue par d’autres juridictions en
Europe qui ont condamné pénalement les fondateurs du site THE
PIRATE BAY pour contrefaçon en Suède ou qui ont bloqué l’accès au
site THE PIRATE BAY au Royaume- Uni, en Irlande, en Italie, en
Belgique, au Danemark et en Finlande notamment à la demande des
producteurs de phonogrammes pour atteinte à leurs droits. (pièces n° 28
à 37 de la SCPP)

Les procès-verbaux de la SCPP ont également permis d’identifier les
titulaires des noms de domaine des sites principaux et les différents
serveurs utilisés.

Enfin, l’article «The Pirate Bay, évolutions et pirouettes juridiques»
versé au débat par la SCPP en pièce 38 complète la démonstration de
ce que le site TPB avait constitué des bases de données de milliers de
fichiers obtenus sans avoir acquis les droits des titulaires, et les
mettaient à disposition du public aux fins de représentation ou de
téléchargement en leur permettant de les reproduire sans appareil
supplémentaire sur leur propre ordinateur, par le biais des sites
principaux que sont le site d’origine : thepiratebay.se et les sites de
redirection piratebay.net, .org, .se, .vg, .net, .org, themusicbay.com,
.net, .org, thepiratebay.cc, .corn, .net, .org, .qa, .se, .sh, .tw, .vg et des
sites miroirs ou proxy.

En conséquence, la SCPP est fondée en ses demandes.

Sur les mesures sollicitées

Il n’est pas contesté par les parties à l’exception de la société FREE,
que les mesures sollicitées, en ce qu’elles visent à empêcher l’accès
aux noms de domaine litigieux par les abonnés de ces fournisseurs
d’accès à l’internet, sont susceptibles de contribuer à empêcher ou
réduire l’atteinte aux droits des auteurs des oeuvres ainsi offertes, même
si certains internautes peuvent les contourner.

La SCPP ne conteste pas davantage que le choix des mesures à mettre
en place doit être laissé aux FAI.

Sur l’absence de certains acteurs au regard du principe de
proportionnalité

La société FREE soutient que le principe de proportionnalité ne serait
pas respecté par la SCPP au motif que divers autres intervenants dont
la société NUMERICABLE ne sont pas attraits dans la cause et que les
éditeurs de site ne sont pas eux-mêmes poursuivis alors que leur identité
peut être retrouvée et que l’efficacité des actions à leur encontre, en ce
qu’elles touchent la source des contrefaçons, prime toute autre
démarche.

Sur ce

Le principe de proportionnalité édicté dans la Directive (CE) n°
2004/48 du 29 avril2004 a été rappelé avec force par la CJUE dans les
arrêts SABAM / Scarlet (24 nov. 2011), SABAM / Netlog (16 févr.
2012) Telekabel, (27 mars 2014).

Les éditeurs des sites litigieux

Outre qu’il a été suffisamment démontré par la SCPP que les éditeurs
des sites ont été poursuivis et même par la voie pénale et que ceux-ci
ont pour politique de changer les adresses des sites et de varier leur
hébergement dans les serveurs ce qui rend très aléatoire toute action
formée à leur encontre, il apparaît que les dispositions de l’article
L.336-2 du code de la propriété intellectuelle sont précisément destinées
à permettre aux ayants-droit et organismes de défense professionnelle
concernés d’exercer une action distincte de celle par laquelle les
premiers peuvent faire juger qu’une contrefaçon leur cause un préjudice
dont ils demandent réparation aux auteurs de cette contrefaçon, en
l’occurrence l’opérateur de sites contrefaisants.

Il n’est pas prévu par la loi que cette action au fond, dirigée contre les
auteurs des atteintes en cause, soit mise en oeuvre préalablement à celle
par laquelle des mesures provisoires peuvent être sollicitées à l’encontre
de toute personne susceptible de contribuer à remédier aux atteintes à
leurs droits.

Ce moyen sera rejeté.

Les autres fournisseurs d’accès à l’internet

La SCPP répond que si la société NUMERICABLE n’ a pas été attraite
dans ce présent litige c’est en raison du faible nombre d’internautes
qu’elle draine sur son réseau ce qui ne peut constituer une atteinte au
principe de proportionnalité.

S’il existe divers fournisseurs d’accès présents en France, l’action
dont le tribunal est saisi est formulée à l’encontre des principales
sociétés qui offrent ce service, représentant, de notoriété publique, plus
de 90 % des abonnés français et les sociétés défenderesses ne justifient
pas qu’un fournisseur d’accès à l’internet important n’a pas été mis en
cause, étant observé que la présente action n’est pas exclusive d’autres
procédures ultérieures.

Aucune atteinte au principe de proportionnalité n’est donc établie par
la société FREE.

Sur les risques de contournement des mesures par les internautes

La société FREE indique que les internautes peuvent utiliser les
services offerts par d’autres fournisseurs d’accès à l’internet et/ou
accéder aux sites en cause par tout autre moyen que leurs compétences
techniques et leur désir d’échapper à la loi les inciteraient à rechercher.
Ils soulignent la facilité avec laquelle les réseaux sociaux diffusent des
conseils permettant à la communauté de leurs membres d’être informée
des moyens de contourner les mesures de contrainte susceptibles d’être
ordonnées par une juridiction, ce qui risque de rendre inefficace toute
décision de cette nature.

S’il est exact que toute mesure de blocage peut être contournée par une
partie des internautes, d’une part il n’est pas établi que la grande
majorité des internautes, qui est attachée à la gratuité des
communications et de nombreux services sur l’internet, a la volonté
affermie de participer à une piraterie mondialisée et à grande échelle et
d’autre part les mesures sollicitées visent le plus grand nombre des
utilisateurs, lesquels n’ont pas nécessairement le temps et les
compétences pour rechercher les moyens de contournement que les
spécialistes trouvent et conservent en mémoire.

La CJUE a dit dans son arrêt Telekabel du 27 mai 2014, qu’ « il n’est
pas exclu qu’aucune technique permettant de mettre complètement jin
aux atteintes au droit de propriété intellectuelle n ‘existe ou ne soit en
pratique réalisable, ce qui aurait pour conséquence que certaines
mesures prises seraient, le cas échéant, contournables d’une manière
ou d’une autre» … et qu’il suffit que ces mesures aient pour effet de « de
rendre difficilement réalisables les consultations non autorisées des
objets protégés et de décourager sérieusement les utilisateurs d’Internet
ayant recours aux services du destinataire de cette même injonction de
consulter ces objets mis à leur disposition en violation du droit de
propriété intellectuelle ».

Ainsi, l’impossibilité d’assurer une complète et parfaite exécution des
décisions susceptibles d’être prises n’est pas un obstacle à la décision
d’autoriser des mesures empêchant l’accès aux sites concourant à la
diffusion des contrefaçons sur internet et ne doit pas entraîner l’absence
de reconnaissance des droits des ayants-droit par les juridictions.

En conséquence, la demande de blocage de l’accès aux sites internet
visés expressément dans les demandes de la SCPP est le seul moyen
réellement efficace dont disposent actuellement les titulaires de droits
de propriété intellectuelle pour lutter contre la contrefaçon sur internet.

Sur le choix des mesures que devront prendre les fournisseurs
d’accès a l’internet

La SCPP sollicite qu’il soit ordonné aux fournisseurs d’accès à
l’internet en la cause de mettre en oeuvre ou de faire mettre en oeuvre
toutes mesures propres à empêcher l’accès à partir du territoire français
et/ou par leurs abonnés à raison d’un contrat souscrit sur ce territoire,
aux sites visés par eux.

Cette demande, qui laisse à chaque fournisseur d’accès à l’internet
la possibilité de déterminer la nature des mesures qu’il convient de
mettre en oeuvre, eu égard à la structure juridique et technique de leur
entreprise, aux effets des mesures prises et à l’évolution du litige et qui
privilégie une mesure acceptée par l’ensemble des fournisseurs
d’accès à l’internet appelés à cette instance, est fondée.

Ainsi, la société Orange, la société Bouygues TÉLÉCOM, la société
FREE et la société SFR devront de mettre en oeuvre et/ou faire mettre
en oeuvre, selon les termes précisés ci-après, toutes mesures propres
à empêcher l’accès, à partir du territoire français et/ou par leurs
abonnés à raison d’un contrat souscrit sur ce territoire, par tout moyen
efficace et notamment par le blocage des noms de domaines, aux sites
ci-après visés.

Les sites en cause sont :
site d’origine:

– thepiratebay.se

sites de redirection :
– piratebay.net
– piratebay.org
– piratebay.se
– piratebay.vg
– thehydrabay.net
– thehydrabay.org
– themusicbay.com
– themusicbay.net
– themusicbay.org
– thepiratebay.cc
– thepiratebay.com
– thepiratebay.net
– thepiratebay.org
– thepiratebay.qa
– thepiratebay.se
– thepiratebay.sh
– thepiratebay.tw
– thepiratebay.vg

sites miroirs :
– proxybay.eu

– proxybay.de
– thepiratebay.se.nyud.net

« proxies » :
– 51tsj.com
– bayproxy.me
– bayproxy.org
– bich.in
– dieroschtibay.org
– filehound.co.uk
– kuiken.co
– lanunbay.org
– malaysiabay.org
– piratebaybyproxy.com
– piratebayproxy.se
– piratebayunion.com
– pirateblay.com
– pirateby.info
– pirateproxy.net
– pirateproxy.nl
– pirateproxy.se
– piratereverse.info
– pirateshit.com
– pirateshore.org
– proxybay.fr
– proxybay.net
– quluxingba.info
– theproxybay.biz
– tpb.5gg.biz
– tpb.amaudcomu.com
– tpb.cryptocloud.ca
– tpb.derp.pw
– tpb.fattylewis.com
– tpb.genyaa.org
– tpb.kleisauke.nl
– tpb.madfedora.site40.net
– tpb.me
– tpb.ninja.so
– tpb .occupyuk.co.uk
– tpb.par-anoia.net
– tpb.partipirate.org
– tpb.piraten.lu
– tpb.pirates.ie
– tpb.pirati.cz
– tpb.qwertyoruiop.com
– tpb.roylenferink.nl
– tpb.skit.kiev.ua
– tpb.skit.org.ua
– tpb.unblocked.co
– tpbproxy.cremoznik.si
– tpbproxy.net
– tpbunion.com
– battleit.ee/tpb
– bayproxy.com

qui renvoient vers un site de liens actifs de piratebay alors même que
les anciens sites sont des coquilles vides puisqu’elles n’ont pas disparu
et renvoient notamment aux deux nouveaux sites en cause.

Contrairement à ce que soutiennent les sociétés défenderesses
l’adverbe « notamment » ne s’applique pas aux sites visés par la
décision mais à la mesure de blocage elle-même qui est un moyen
parmi d’autres des mesures permettant d’empêcher l’accès des
internautes aux sites listés.

Réclamant eux-mêmes de conserver le choix des mesures à mettre en
place pour interdire l’accès des internautes aux sites visés dans la
décision, les FAI ne peuvent s’inquiéter de la présence de cet adverbe.

En revanche, le nombre de sites qui doivent faire l’objet de
l’interdiction d’accès est limitativement fixé par le présent jugement
et toute mesure touchant un autre site doit être autorisée par une
autorité judiciaire, les FAI n’ayant pas d’obligation de surveillance des
contenus et la SCPP ne disposant pas du droit de faire bloquer l’accès
à des sites sans le contrôle préalable de l’autorité judiciaire.

Les modalités

Les fournisseurs d’accès à l’internet devront mettre en place les
mesures ordonnées sans délai et au plus tard dans les quinze jours à
compter de la signification de la présente décision et ils devront
informer de leur réalisation les demandeurs, en leur précisant
éventuellement toute difficulté qu’ils rencontreraient.

En l’absence de toute opposition de principe à la demande, sous les
réserves qu’elles ont exprimées, il n’y a pas lieu d’ordonner de
mesures d’astreinte, la présente juridiction pouvant être à nouveau
saisie en cas de difficulté ou d’inexécution par l’une des parties à
l’instance.

Les mesures ordonnées, qui ne doivent répondre qu’à ce qui apparaît
nécessaire à la préservation des droits en cause, sans risquer de devenir
obsolètes, devront être limitées à une durée de douze mois à compter
de leur mise en place.

Sur la prise en charge du coût du blocage

Les mesures ordonnées le sont à la demande de la SCPP et à leur
bénéfice.

Celle-ci ne justifie d’aucune disposition légale particulière au profit des
ayants-droit de droits d’auteur ou de droits voisins ou des organismes
de défense, intervenant pour la défense des intérêts moraux des
professionnels qu’ils représentent, relative à la prise en charge
financière des mesures sollicitées.

Le Conseil Constitutionnel dans sa décision du 28 décembre 2000 a,
à propos des frais engendrés par les interceptions de sécurité
demandées aux opérateurs, indiqué que :
« Considérant que, s’il est loisible au législateur, dans le respect des
libertés constitutionnellement garanties, d’imposer aux opérateurs de
réseaux de télécommunications de mettre en place et de faire
fonctionner les dispositifs techniques permettant les interceptions
justifiées par les nécessités de la sécurité publique, le concours ainsi
apporté à la sauvegarde de l’ordre public, dans l’intérêt général de la
population, est étranger à l’exploitation des réseaux de
télécommunications ; que les dépenses en résultant ne sauraient dès
lors, en raison de leur nature, incomber directement aux opérateurs».

La CJUE a dit pour droit dans l’arrêt SABAM / Netlog (CJUE, 16févr.
2012, aff C-360/10) que
« Une telle injonction entraînerait une atteinte caractérisée à la liberté
d ‘entreprise du fournisseurs d’accès internet concerné puisqu’elle
l’obligerait à mettre en place un système informatique complexe, coûteux,
permanent et à ses seuls frais, ce qui serait d’ailleurs contraire aux
conditions prévues à l’article 3, paragraphe 1, de la directive 2004/48,
qui exige que les mesures pour assurer le respect des droits de propriété
intellectuelle ne soient pas inutilement complexes ou coûteuses ».

Elle a réaffirmé sa position dans la décision Telekabel, rendue le 27
mars 2014, en rappelant que l’injonction limitait la liberté
d’entreprendre du fournisseur d’accès à l’internet, notamment en ce
qu’elle « l’oblige à prendre des mesures qui sont susceptibles de
représenter pour celui-ci un coût important», alors même qu’il« n’est
pas l’auteur de l’atteinte au droit fondamental de propriété
intellectuelle ayant provoqué l’adoption de ladite injonction » .

Dès lors, le coût des mesures ordonnées ne peut être mis à la charge
des défendeurs qui ont l’obligation de les mettre en oeuvre.

Il appartiendra à ces derniers de solliciter, s’ils le souhaitent, le
paiement de leurs frais auprès des demandeurs à l’instance, eu égard
aux mesures effectivement prises et aux dépenses engagées
spécifiquement pour l’application des injonctions qui leur sont faites.

Sur les autres demandes

L’exécution provisoire est attachée à la présente décision,
conformément aux dispositions de l’article 492-1 du code de procédure
civile, aux termes duquel lorsque le juge statue « comme en la forme
des référés ou en la forme des référés », le jugement est exécutoire à
titre provisoire, à moins qu’il n’en soit décidé autrement.

En l’occurrence, aucun motif ne justifie que l’exécution provisoire soit
écartée.

Chacune des parties en demande ou en défense ne succombant pas
totalement dans ses prétentions, il convient de laisser à leur charge les
frais et dépens exposés.

DECISION

Statuant publiquement en la forme des référés, par remise au
greffe le jour du délibéré, par jugement contradictoire et en
premier ressort,

Dit la SCPP, en sa qualité d’organisme de défense, recevable en ses
demandes.

Dit que la SCPP démontre suffisamment que le réseau PIRA TEBAY
constitué des sites principaux site d’origine : thepiratebay.se et des
sites de redirection :

– piratebay.net
– piratebay.org
– piratebay.se
– piratebay.vg
– thehydrabay.net
– thehydrabay.org
– themusicbay.com
– themusicbay.net
– themusicbay.org
– thepiratebay.cc
– thepiratebay.com
– thepiratebay.net
– thepiratebay.org
– thepiratebay.qa
– thepiratebay.se
– thepiratebay.sh
– thepiratebay. tw
– thepiratebay. vg

est entièrement dédié ou quasi entièrement dédié à la représentation de
phonogrammes sans le consentement des auteurs ce qui constitue une
atteinte aux droits d’auteur telle que prévue à l’article L.336-2 du code
de la propriété intellectuelle ;

En conséquence

Ordonne à la société Orange, à la société Bouygues Télécom, à la
société Free, à la société SFR de mettre en oeuvre et/ou faire mettre en
oeuvre, selon les termes précisés ci-après, toutes mesures propres à
empêcher l’accès, à partir du territoire français, y compris dans les
départements ou régions d’outre mer et collectivités uniques ainsi que
dans les îles Wallis et Futuna, en Nouvelle Calédonie et dans les Terres
australes et antarctiques françaises, et/ou par leurs abonnés à raison
d’un contrat souscrit sur ce territoire, par tout moyen efficace et
notamment par le blocage des noms de domaines, aux sites ci-après
visés :

site d’origine:

– thepiratebay.se

sites de redirection :

– piratebay.net
– piratebay.org
– piratebay.se
– piratebay.vg
– thehydrabay.net
– thehydrabay.org
– themusicbay.com
– themusicbay.net
– themusicbay.org
– thepiratebay.cc
– thepiratebay.com
– thepiratebay.net
– thepiratebay.org
– thepiratebay.qa
– thepiratebay.se
– thepiratebay.sh
– thepiratebay.tw
– thepiratebay.vg

sites miroirs :
– proxybay.eu
– proxybay.de
– thepiratebay. se.nyud.net

« proxies » :
– 51tsj.com
– bayproxy.me
– bayproxy.org
– bich.in
– dieroschtibay.org
– filehound.co.uk
– kuiken.co
– lanunbay.org
– malaysiabay.org
– piratebaybyproxy.com
– piratebayproxy.se
– piratebayunion.com
– pirateblay.com
– pirateby.info
– pirateproxy.net
– pirateproxy.nl
– pirateproxy.se
– piratereverse.info
– pirateshit.com
– pirateshore.org
– proxybay.fr
– proxybay.net
– quluxingba.info
– theproxybay.biz
– tpb.Sgg.biz
– tpb.arnaudcornu.com
– tpb.cryptocloud.ca
– tpb.derp.pw
– tpb.fattylewis.com
– tpb.genyaa.org
– tpb.kleisauke.nl
– tpb.madfedora.site40.net
– tpb.me
– tpb.ninja.so
– tpb.occupyuk.co.uk
– tpb.par-anoia.net
– tpb.partipirate.org
– tpb.piraten.lu
– tpb.pirates.ie
– tpb.pirati.cz
– tpb.qwertyoruiop.com
– tpb.roylenferink.nl
– tpb.skit.kiev.ua
– tpb.skit.org.ua
– tpb.unblocked.co
– tpbproxy.cremoznik.si
– tpbproxy.net
– tpbunion.com
– battleit.ee/tpb
– bayproxy.com

sans délai et au plus tard dans les quinze jours à compter de la
signification de la présente décision et pendant une durée de douze mois
à compter de la mise en place des mesures ;

Dit que les fournisseurs d’accès à l’internet devront informer les
demandeurs de la réalisation de ces mesures en leur précisant
éventuellement les difficultés qu’ils rencontreraient ;

Sous réserve d’un meilleur accord entre les parties,

Dit qu’en cas d’une évolution du litige notamment par la suppression des
contenus contrefaisants constatés ou la disparition des sites visés, ou par
la modification des noms de domaines ou chemins d’accès, la SCPP
pourra en référer à la présente juridiction, en mettant en cause par voie
d’assignation les parties présentes à cette instance ou certaines d’entre
elles, en la forme des référés, afin que l’actualisation des mesures soit
ordonnée, au vu notamment des constats réalisés à leur demande et
éventuellement des résultats préalablement communiqués résultant de
l’application permettant le suivi des sites en cause;

Déboute la SCPP de sa demande de prise en charge des frais des mesures
susvisées par les fournisseurs d’accès à l’internet et aux fournisseurs de
moteurs de recherche qui devront les mettre en oeuvre ;

Dit qu’en cas de difficultés d’exécution des mesures de blocage et de
paiement des coûts des mesures ordonnées, les mesures ayant un
caractère provisoire, la société Orange, la société Bouygues Télécom, la
société Free et la société SFR pourront en référer à la présente
juridiction, en mettant en cause par voie d’assignation les parties
présentes à cette instance ou certaines d’entre elles, en la forme des
référés.

Rappelle que le présent jugement est exécutoire par provision.

Condamne chacune des parties à supporter ses charges et dépens.

La Cour : Mme Marie-Christine Courboulay, Mme Camille Lignieres (vices présidentes), M. Julien Richaud (juge), Mme Léoncia Bellon (greffier)

Avocats : Me Nicolas Boespflug, Me Christophe Caron, Me Yves Coursin, Me Pierre-Olivier Chartier, Me François Dupuy

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